05 décembre 2017

Le dernier testament de Ben Zion Avrohom (James Frey)

James Frey, Le dernier testament de Ben Zion Avrohom, Flammarion, 2011. 381 pages.

L'auteur a connu d'importants succès avec ses précédents ouvrages : cela explique sans doute le fait que la traduction française ait été publiée la même année que la sortie de la version originale.

En fait le titre original décrit encore mieux les intentions de l'auteur : "The Final Testament of The Holy Bible".

C'est l'histoire d'un homme qui aurait présenté, dès sa naissance, des signes d'un destin exceptionnel. Il a fui ce destin jusqu'à ce qu'un accident sur un chantier ne révèle sa nature exceptionnelle en lui permettant d'y survivre malgré les  pronostics irrévocables des spécialistes appelés à son chevet.

Les chapitres se suivent en présentant les témoignages des personnes qui sont touchées par la "grâce" du héros qui refuse, pourtant, de se déclarer "dieu"... 

-"..., Aujourd'hui je sais qu'il n'y a pas d'au-delà et personne pour nous envoyer des messages surnaturels. Il n'y a que des coïncidences et notre interprétation de ce que nous voyons autour de nous, et si nous voyons quelque chose c'est un accident, et cela ne signifie rien. Telle est en vérité la parole de Dieu."

 Il est "simplement" venu proclamer le retour de l'amour universel !

L'auteur regroupe les thèmes qui furent à la mode: le "peace and love", l'amour libre, le recyclage des déchets alimentaires, les sectes de la fin des temps... Le tout bien enrobé dans un discours dénonçant les gouvernements et les religions institutionnalisées.

-"Il disait que si tous ceux qui allaient à l'église ou au temple ou à la mosquée passaient tout ce temps perdu à baiser au lieu de prier pour des conneries , le monde serait pas prêt de finir."

Selon l'expression consacrée, tout le monde qui approche le "messie" ...devient "bon et gentil", sauf son frère et la juge qui le condamne finalement à être lobotomisé .

Du fait qu'on change de narrateur à chaque chapitre, le style varie légèrement de l'un à l'autre sans tomber dans des codes réservés aux différentes tribus urbaines. 

On peut poursuivre la lecture en espérant rencontrer un "tournant"narratif imprévu. Mais ce n'est pas le cas. On arrive à la dernière page en constatant qu'on n'aurait rien perdu à s'arrêter en chemin.

Sauf quelques "jolis" aphorismes comme

-"C'est soi-même qu'il faut connaître pour aimer, pas les autres."

-"Les hommes s'accrochent à ce qu'ils comprennent, même si c'est faux."










27 novembre 2017

La Source (Michael Cordy)



Michael Cordy,La Source, (trad. française) Le Cherche Midi, 2009

Et si le jardin d’où s'écoule la source de vie primale (le légendaire Jardin d'Eden)  se trouvait au coeur de l'Amazonie ? Et si des soldats en quête de l'Eldorado étaient tous morts en tentant de rejoindre ce jardin ? Et si le seul témoin en avait été un moine que l'Inquisition avait condamné à mort pour son refus de renier son témoignage ? Et s'il avait écrit le récit de son voyage et indiqué le chemin emprunté ? Et s'il avait écrit cela dans un texte crypté que les spécialistes tentent de décoder depuis lors ?

Michael Cordy part de ces hypothèses et nous raconte la recherche de cette source par le mari géologue d'une jeune spécialiste qui a réussi à décrypter le texte et qui survit dans un état comateux depuis la bourculade subie lors d'une tentative ratée de vol de ses notes de recherche.Espérant trouver dans cette source de vie primale le moyen de sauver sa femme, l'homme - malgré le fait qu'il se croit athée (belle conjugaison de mots !,  se lance dans une folle aventure en compagnie de personnages hauit-en-couleur allant de l'aventurier désabusé à la religieuse illuminée.

-"Il était toujours stupéfié par la facilité avec laquelle les croyants - qu'ils soient juifs, chrétiens ou musulmans - rejetaient les autres religions, sans lui accorder, à lui qui était athée, le droit de rejeter la leur."

En face,il y a le supérieur général des Jésuites (rien de moins !) qui veut réserver la découverte de cette source à son Eglise en justifiant ses actions par "la fin justifie les moyens".

-"Oubliée, la controverse de Galilée. Oublié aussi, Darwin.Si ce jardin existait bel et bien, et selon qui en serait le propriétaire, il npourrait conférer à son Église chérie un pouvoir absolu sur le monde. Ou la détruire en un clin d'oeil."

 Il obtient l'aide de son frère, un assassin professionnel, qui veut, en retour, à quelques mois d'une mort annoncée, l'absolution des péchés commis à titre de "mano sinitra del diavolo". 

-"Même s'il s'agissait de l'oeuvre de Dieu, c'était un boulot de tous les diables de trouver des hommes sürs, prêts à voler et à tuer pour de l'argent"

Le premier quart du livre est un peu lent. La longue histoire des tentatives de décodage et la courte, mais laborieuse, histoire du décryptage, de son annonce ublique et des tentatives de prise en main par le Jésuite ont taxé ma patience. J'y suis revenu deux ou trois fois après de plus ou moins longues pauses.

Fort heureusement, le texte prend un nouveau rythme lorsque le géologue et sa petite bande  s'aventurent en Amazonie, poursuivis, sans le savoir, par le Jésuite et son "swat team"  de gardes suisses pontificaux. (Il faut le faire.) On comprend qu'un studio ait acheté les droits d'adaptation cinématographique !

A lire pour une plongée en Amazonie "profonde" et dans un monde non pas de science-fiction, mais de "mystique-fiction" (comme si la mystique pouvait ne pas être une forme de fiction....) après le premier quart du livre. 

Mais loin d'être indispensable...



03 novembre 2017

Mariage républicain (François Cérésa)

François Cérésa, Mariage républicain. L'Archipel, 2016. 329 pages

Un roman qui pénètre dans les entrailles sanguinaires de la Révolution française. La terreur voulue par Robespierre se concrétise, sur le terrain, grâce à des décideurs psychopathes auquel l'effondrement du contrat social avait permis de capturer des lambeaux d'autorité.

Le personnage principal, Marie,  est envoyée en Vendée par la Convention pour se joindre aux officiers, et officiels – chargés d’écraser la résistance vendéenne...  par tous les moyens, et les espionner au profit de Fouché. Elle vit pleinement l'ambiguïté de son époque.
 
D'un côté, elle plaignait les victimes, de l'autre, elle glorifiait les bourreaux.

L'auteur ne se gêne pas pour donner dans l'horreur des tortures et des massacres perpétrés non seulement contre des opposants, mais aussi contre.. tout ce qui bouge au-dessus de la lie dont sortent les tortionnaires.

La patrie respire à plein poumons ! On sectionne, on taille, on émonde ! Notre travail, c'est de la chirurgie, citoyen ! Du jardinage de haut niveau .

L'auteur joue, avec la multiplication, presque à chaque page,  des noms d‘officiers,  à une sorte de "name dropping" qui, certes, témoigne de sa recherche, mais finit par étourdir le lecteur qui n'en demande pas tant.

Cela est, tout de même, écrit avec un certain panache.

-...il se lève alors, bombe le torse tel un sénateur prêt à plonger sa dague dans le cœur de César…
...
Dans cette République qui condamne å mort comme on respire, ou plutôt comme on cesse de respirer, personne n'est à l'abri.

Même si son personnage principal vit une bonne partie du roman déguisée en homme, il permet quand même quelques jolies descriptions.

Sa nudité charmante…faite d'élasticité et de rondeurs ultimes, était fascinante.

Sans éviter les passages obligés par le féminisme émergeant.. avec des accents dépouillés de toute crainte d'anachronisme. 

Il est temps enfin que les femmes sortent de leur honteuse nullité, où l'ignorance, l’orgueil et l'injustice des hommes nous tiennent asservies depuis si longtemps.

À NOTER :  le "mariage républicain" est une mise à mort fort utilisée par les délégués de la Convention pour combattre  la résistance des Vendéens. On attachait un homme et une femme en face à face, après les avoir dénudés. Puis on les jetait à l'eau, ainsi attachés, pour qu'ils se noient sous le regard des "braves" soldats de la Révolution.

25 octobre 2017

Hamman Balkania (Vladimir Bajac)



Vladimir Bajac, Hamman Balkania, Éditions Galaade.2016.352 pages

L’histoire de deux enfants, un Serbe et un Grec, enlevés par les soldats de l’Empire Ottoman et élevés dans la foi musulmane pour devenir de grands serviteurs de cette empire. On a tous entendu parler de cette histoire d’enlèvement d’enfants, non pas pour en faire des esclaves, mais bien des défenseurs de cet empire sous le nom de « janissaires ».

L’auteur nous raconte, « de l’intérieur », la vie de deux personnages qui ont assumé leur nouvelle foi et leur tout aussi nouvelle loyauté tout en étant profondément convaincus de ne pas « vraiment » trahir les anciennes.

« C’était comme s’il réfléchissait en Ottoman et rêvait en Serbe. »

L’auteur distribue entre les chapitres consacrés à ses personnages, ses propres réflexions sur la dualité – faudrait-il parler d’ambivalence ou d’ambiguïté ? – culturelle. Peut-on servir ses origines en utilisant les instruments de ses nouveaux maîtres… sans trahir ces derniers ?

D’autant plus que ces instruments et leurs pratiques ne font pas toujours appel aux plus nobles des sentiments.

« Ils se réjouirent trop tôt du spectacle d’un blessé en lequel leur désir croyait voir un cadavre. »

« La parole donnée pouvait engager, mais ne devait pas forcément être tenue. »


À lire pour entrer dans ce monde  qui ne fait, habituellement, que frôler celui de nos lectures occidentales. Mais on y trouve deux démarches bien identifiées dans des chapitres d’alternance: d'un côté l'histoire des personnages et de l'autre, les réflexions de l'auteur à partir de cette histoire. On peut être tenté, en cours de lecture, de jouer à « saute-mouton » pour ne suivre que l’une des démarches. Mais cela irait à l’encontre des volontés de l’auteur !

02 septembre 2017

Le piège de verre. (Éric Fourassier)

Éric Fourassier, Le piège de verre. Édit. J-C Lattes. 2017

L'auteur est un spécialiste de l'histoire de la pharmacie. Il nous entraîne dans une aventure vécue par une jeune apothicaire sous le règne de Louis XII. Cela implique des descriptions "précises" des médicaments, des costumes et des lieux. On y croise des personnages historiques comme Anne de Bretagne et le chevalier Bayard. Le tout, inséré dans la recherche de ceux qui voudraient bien "occire" le roi.  Comme c'est la tendance depuis le Code Da Vinci, il y a des codes secrets, des complots à multiples niveaux, des moines vindicatifs et des archevêques à l'esprit tordu. Mais cela est joliment écrit. Retenons quelques descriptions "émotives" qui nous font oublier la lourdeur "techniques"'de certains passages obligés dans les écrits d'un expert en pharmacie.

Son corsage profondément échancré laissait voir deux seins opulents, si prêts à jaillir de la robeque c'était miracle de dentelle qu'ils n'aient point encore éclos dans leur majestueuse plénitude.
...
Quand il se dénuda à son tour et vint se glisser à ses côtés sous les draps, elle se coula avec fièvre contre lui, mordillant ses épaules, respirant l'odeur de sa peau, épousant de ses formes épanouies chaque parcelle de ce corps vigoureux et si formidablement vivant.


15 août 2017

Guerilla:le jour où tout s'embrasa. (Laurent Obertone)

Laurent Obertone. Guerilla:le jour où tout s'embrasa. Editions Ring. 2016.

Je propose une fusion des termes "victoire" et "victime" pour décrire l'orgasme final de ces Jolis Cœurs qui nous imposent leurs jouissances humanitaires frelatées. Ils aiment être victimes des minorités agressives (violences physiques et médiatiques) qui exploitent les culpabilités sociales ou historiques dont les premiers aiment s'affubler.

Dans son roman "Guérilla: le jour où tout s'embrasa", Laurent Obertone décrit, en extrapolants à partir d'actualités bien connues, la guerre civile dans laquelle les Jolis Cœurs français laissent tranquillement, et naïvement, sombrer leur pays. Une ancienne expression affirme que "l'enfer est pavé de bonnes intentions". L'auto-destruction d'une société, aussi