Rosella Posterino. La goûteuse d'Hitler. Albin Michel 2018 383 pages BANQ P857g
L'univers quotidien des nazis hitlériens suscite encore de curiosité. Celle-ci se retrouve, certes, chez une minorité d'illuminés qui rêvent d'un retour à un règne de cuir autoritaire ne les obligeant plus à penser pour agir. Mais elle concerne aussi tous ceux qui se demandent comment des millions de citoyens allemands ont pu laisser une bande de ratés, dont la plupart étaient des minables, couvrir leur incompétence de la cotte de maille étatique. La plongée dans le quotidien de citoyens voyant se développer un règne de terreur, lancer une guerre suicidaire et subir une défaite meurtrière ont fait le succès de plusieurs romanciers dont Philip Kerr est peut-être le plus prolifique et le plus sensible aux nuances de ce qui aurait pu être une résistance passive .
Rossella Posterino emprunte le vécu de Margot Wolk pour reconstruire la vie quotidienne de six femmes choisies dans un village proche du dernier repaire d'Hitler pour goûter chacun des plats dont le Fuhrer devait se nourrir. Le principal personnage a quitté Berlin pour venir s'installer dans la maison de ferme de ses beaux-parents. Elle n'a pas d'état d'âme par rapport à la situation politique. Elle réagit aux événements, comme la tentative d'assassinat d'Hitler, dans la mesure oů ceux-ci peuvent modifier son emploi du temps.
Ce qui est le plus important, pour elle, c'est l'avortement d'une de ses camarades de « travail », le triste séjour de son mari en permission, l’annonce de la disparition de ce dernier sur le front russe…
Il m'avait prise dans mon sommeil, sans un mot. Je m’étais réveillée avec son corps sur moi, sa fureur encore somnolente, je ne l'avais ni contré ni secondé.
Ses nuits avec l'un des officiers chargés de garder les goûteuses ne provoquent aucune réflexion autre que l'inquiétude de subir l'envie ou la critique de ses camarades. En fait, l'ouvrage porte sur l’évolution des rapports entre les filles… dans un contexte particulier. Comme quoi, même dans un pays en guerre, les humains restent…. humains.
Des groupes s’étaient formés spontanément Certes pas dans l'espoir d'y trouver de l'affection. SIMPLEMENT, des fractures et des rapprochements avaient eu lieu, aussi inexorables que la dérive des continents.
Intéressant pour vivre quelques mois avec ces femmes. Mais pas pour en connaître plus sur ce qui les a fait agir.. et survivre.
Aurait pu être un peu plus court.