22 janvier 2018

L'Empire barbare : Thorn le prédateur (Gary Jennings)



Gary Jennings, L'Empire barbare: Thorn le prédateur, 1992  (version fr. Editions Telemaque. 2010. 629 pages. (existe aussi en édition Pocket)

Gary Jennings (1928-1999) est un véritable guide de civilisations. Ses romans sur le destin des Aztèques après la conquête espagnole et les premières confrontations entre les deux civilisations l'ont rendu célèbre. Il a consacré d'importantes recherches pour chacun de ses romans, que ce soit pour le Mexique, les voyages de Marco Polo ou, ici, la traversée des territoires que se partagent les derniers lambeaux de l'Empire romain et les différentes tribus barbares dont nos livres d'histoire nous ont, à peine, laissé les noms: Burgondes, Suèves, Alamans, Ortrogoths, Wisigoths.

Nous suivons un jeune orphelin qui a passé ses premières années dans un monastères d'hommes jusqu'à ce qu'on découvre qu'il est un hermaphrodite que ni un monastère d'hommes ni un monastère de femmes ne peuvent accepter en leur sein (non sans qu'un membre de chacun n'en tire un avantage sexuel au passage).

Les frères affirmaient... s'en tenir au dicton de saint Jérôme, lequel stipule que "la propreté de la peau masque la saleté de l'âme."

Il doit donc faire son chemin... et sa vie en cherchant à rejoindre le territoire ostrogoth dont il croit être un congénère.

Il se joint à un vieux chasseur, ancien légionnaire, qui aurait préféré continuer à vivre seul avec quelques passages festifs dans les villes où il s'arrête pour vendre les peaux des bêtes abattus.

Par les vingt-quatre testicules  des douze apôtres ! Je suis Wyrd, le Traqueur des Bois !

 Le grand intérêt de l'écriture de Jennings, c'est l'énergie et le soin qu'il apporte à décrire chacun des gestes du chasseur, les vêtements et les coutumes des différentes peuples rencontrés. Certes, il y a des surprises narratives qui relancent notre intérêt à chacun des chapitres de cet imposant volume. (Il ne s'agit, d'ailleurs, que de la première partie des aventures de Thorn "le prédateur" - d'un caractère plutôt doux et conciliant... pour un prédateur !") Mais on peut surtout tirer plaisir de ses descriptions, avec termes latins de "Vieille langue", de l'ordre social et des habitudes culturelles de cette "fin d'Empire".

Nous suivons les passages de Thorn entre ses rôles d'homme et femme. Quelques jolis passages d'initiation sexuelle pourront surprendre les âmes... sensibles. Mais ils nous permettent de partagr, avec Thorn, les "émotions`de certaines découvertes qui nous font oublier les horreurs d'une époque, somme toute, anarchique. Car la Pax Romana est en pleine déliquescence et la papauté chrétienne n'a pas encore imposé sa chape morale sur des peuples qui ne sont toujours pas vraiment convaincus de remplacer le marteau du dieu nordique par la croix du Christ palestinien.

16 janvier 2018

1658 L'Eclipse du Roi-Soleil (Jean-Michel Riou)



Jean-Michel Riou, 1658 L'Eclipse du Roi-Soleil. Flammarion, 2010.337 pages

L'auteur nous revient avec un autre chapitre des pseudo-mémoires d'Antoine Petitbois, "espion de la couronne".

Le premier tome portant sur une aventure se déroulant durant le règne de Louis XIII ... et de Richelieu, m'avait plu. Je me suis donc à nouveau livré à l'imagination de l'auteur qui sait, fort habilement, conjuguer les faits historiques et une certaine couleur langagière de l'époque avec une fiction "plausible". Ne met-il pas en exergue cette phrase qui permet de goûter aux délices de croire découvrir ce qui se passe derrière le décor de nos livres d'histoire : "si non è vero, è bene trovato".

Cette fois, il s'agit d'un empoisonnement du jeune Louis XIV et des démêlés du personnage qui n'a plus avec Mazarin les mêmes relations de confiance qu'il avait avec Richelieu.

J'avais assez d'éléments pour le surprendre, lui prouver que le Petit bois dont il négligeait le talent et parlait au passé avait été enterré un peu vite. Mais j'étais vieux, en effet. Je l'avais oublié. 

On y trouve aussi de terribles descriptions des suites des batailles dont l'Histoire a retenu les noms tout en oubliant son les centaines... sinon les milliers de victimes.

Puis il y avait les blessés rapatriés ici et que l'on entassait au milieu de la fange, de la chaleur éprouvante de l'été 58. Eux gémissaient, perdus, noyés dans un maelström de sang et de chair dont la puanteur macabre se combinait à la chaleur épaisse du 5 juillet. Ceux-là déliraient, hurlaient leurs souffrances sans que pas un des vivants n'y portât attention. 

Je ne révélerai pas grand secret en précisant que le roi sera sauvé. Mais ce n'est pas en cela que le roman nous a intéressés. Le souffle narratif se trouve plutôt dans les rebondissements dont l'auteur parsème la route de son héros. Son sort nous intéresse plus que celui du roi (le fait que nous sachions que ce dernier survivra à cet "incident" de sa jeunesse nous libère sûrement de ce crime de lèse-majesté !)