26 octobre 2019

La goûteuse d'Hitler (Rosella Posterino)

Rosella Posterino. La goûteuse d'Hitler. Albin Michel 2018 383 pages  BANQ P857g

L'univers quotidien des nazis hitlériens suscite encore  de curiosité. Celle-ci se retrouve, certes, chez une minorité d'illuminés qui rêvent d'un retour à un règne  de cuir autoritaire ne les obligeant plus à penser pour agir. Mais elle concerne aussi tous ceux qui se demandent comment des millions  de citoyens allemands ont pu laisser une bande de ratés, dont la plupart étaient  des minables, couvrir leur incompétence de la cotte de maille étatique.  La plongée dans le quotidien de citoyens voyant se développer un règne  de terreur, lancer une guerre suicidaire et subir une défaite  meurtrière ont fait le succès de plusieurs romanciers dont Philip Kerr est peut-être le plus prolifique et le plus sensible aux nuances de ce qui aurait pu être une résistance passive .

Rossella Posterino emprunte le vécu de Margot Wolk pour reconstruire la vie quotidienne de six femmes  choisies dans un village proche du dernier repaire d'Hitler pour goûter chacun des plats dont le Fuhrer devait se nourrir. Le principal personnage a quitté  Berlin pour venir s'installer dans la maison de ferme de ses beaux-parents. Elle n'a pas d'état d'âme par rapport à la situation politique. Elle réagit aux événements,  comme la tentative d'assassinat d'Hitler, dans la  mesure oů ceux-ci peuvent modifier son emploi du temps.
Ce qui est le plus important, pour elle, c'est l'avortement d'une de ses camarades de « travail », le triste séjour  de son mari en permission, l’annonce de la disparition de  ce dernier sur le front russe…

Il m'avait prise dans mon sommeil, sans un mot. Je m’étais réveillée avec son corps sur moi, sa fureur encore somnolente, je ne l'avais ni contré ni secondé.

Ses nuits avec l'un des officiers chargés de garder les goûteuses ne provoquent aucune réflexion autre que l'inquiétude de subir l'envie ou la critique de ses camarades. En fait, l'ouvrage porte sur l’évolution des rapports entre les filles… dans un contexte particulier. Comme quoi, même  dans un pays en guerre, les humains restent…. humains.

Des groupes s’étaient formés spontanément Certes pas dans l'espoir d'y trouver de l'affection. SIMPLEMENT, des fractures et des rapprochements avaient eu lieu, aussi inexorables que la dérive des continents.

Intéressant pour vivre quelques mois avec ces femmes. Mais pas pour en connaître plus sur  ce qui les a fait agir.. et survivre.

Aurait pu être un peu plus court.