24 février 2018

Anne Boleyn (Evelyn Anthony)





Evelyn Anthony, Anne Boleyn, Early Bird Books. version électronique en anglais

Le véritable nom de l'auteure est Evelyn Ward-Thomas. Elle est connue pour ses romans historiques et ses romans d'espionnage."The Tamarin Seed" a donné lieu à un film avec Julie Andrews et Omar Sharif.

L'histoire d'Henry Tudor m'a toujours laissé perplexe. Était-ce une forme royale de Barbe-Bleue, incluant la mise à mort des femmes qu'il voulait remplacer par la suivante ? Ou un fin stratège politique qui cherchait une femme pouvant lui donner un héritier et assurer la suite de sa dynastie ?
Anne Boleyn fut la deuxième de la série. 

Pour ceux qui , comme moi, ne se sont jamais vraiment intéressés à l'histoire d'Angleterre, voici un bon rattrapage. L'auteur met en scène les personnages que nous avons aperçus au travers de nos lectures sur l'histoire d'autres pays : le cardinal Wolsey, Thomas Cromwell , Norfolk, Suffolk... Et des personnages d'ailleurs : François 1er, Charles-Quint, le pape Clément VII.

On y comprend mieux le cheminement d'une décision qui a marqué les siècles suivants : la prise en main, par le roi, de l'Eglise d'Angleterre ... et des biens de ses monastères (les moines étant plus instruits que le "petit clergé" et moins politique que le "haut clergé" pouvaient s'opposer aux visées du roi). Certes il y avait, pour Henry, la volonté de faire voter par le "haut clergé" la confirmation de  la nullité de son mariage avec Catherine parce qu'elle était la femme de son frère décédé (péché !) et, surtout, parce qu'elle n'arrivait pas à lui donnr un héritier mâle. Et le pape ne pouvait approuver cela, non par principe, mais parce que Catherine était la tante de l'empereur Charles-Quint dont il dépendait, à ce moment-là, pour la sécurité de Rome et la survie de son Eglise. (Elle était la fille du couple qui avait "reconquis" le territoire espagnol !)

L'auteure nous présente des tableaux d'événements concentrés sur l'un ou l'autre de ces personnages en suivant l'évolution de l'histoire. On assiste à des échanges détaillés, évidemment imaginés, mais plausibles. Ces échanges sont parfois un peu "longuais". On a compris et on souhaiterait passer à la scène suivante. On y trouve, quand même, certains plaisirs à traverser quelques paragraphes sur les vêtements et les décors de cette époque. La narration des gestes est parfois surprenante.  Tout est prêt pour en tirer le scénario d'une prochaine télésérie !

En filigrane de notre lecture, on se rappelle que, malgré les espoirs du roi, il sera suivi par la fille (Elizabeth) de cette femme maudite dont il avait attendu un fils ! Et on sait maintenant que la gloire de cette dernière dépassera celle de cet homme qui cherchait à y mordre avec tant d'appétit.


22 janvier 2018

L'Empire barbare : Thorn le prédateur (Gary Jennings)



Gary Jennings, L'Empire barbare: Thorn le prédateur, 1992  (version fr. Editions Telemaque. 2010. 629 pages. (existe aussi en édition Pocket)

Gary Jennings (1928-1999) est un véritable guide de civilisations. Ses romans sur le destin des Aztèques après la conquête espagnole et les premières confrontations entre les deux civilisations l'ont rendu célèbre. Il a consacré d'importantes recherches pour chacun de ses romans, que ce soit pour le Mexique, les voyages de Marco Polo ou, ici, la traversée des territoires que se partagent les derniers lambeaux de l'Empire romain et les différentes tribus barbares dont nos livres d'histoire nous ont, à peine, laissé les noms: Burgondes, Suèves, Alamans, Ortrogoths, Wisigoths.

Nous suivons un jeune orphelin qui a passé ses premières années dans un monastères d'hommes jusqu'à ce qu'on découvre qu'il est un hermaphrodite que ni un monastère d'hommes ni un monastère de femmes ne peuvent accepter en leur sein (non sans qu'un membre de chacun n'en tire un avantage sexuel au passage).

Les frères affirmaient... s'en tenir au dicton de saint Jérôme, lequel stipule que "la propreté de la peau masque la saleté de l'âme."

Il doit donc faire son chemin... et sa vie en cherchant à rejoindre le territoire ostrogoth dont il croit être un congénère.

Il se joint à un vieux chasseur, ancien légionnaire, qui aurait préféré continuer à vivre seul avec quelques passages festifs dans les villes où il s'arrête pour vendre les peaux des bêtes abattus.

Par les vingt-quatre testicules  des douze apôtres ! Je suis Wyrd, le Traqueur des Bois !

 Le grand intérêt de l'écriture de Jennings, c'est l'énergie et le soin qu'il apporte à décrire chacun des gestes du chasseur, les vêtements et les coutumes des différentes peuples rencontrés. Certes, il y a des surprises narratives qui relancent notre intérêt à chacun des chapitres de cet imposant volume. (Il ne s'agit, d'ailleurs, que de la première partie des aventures de Thorn "le prédateur" - d'un caractère plutôt doux et conciliant... pour un prédateur !") Mais on peut surtout tirer plaisir de ses descriptions, avec termes latins de "Vieille langue", de l'ordre social et des habitudes culturelles de cette "fin d'Empire".

Nous suivons les passages de Thorn entre ses rôles d'homme et femme. Quelques jolis passages d'initiation sexuelle pourront surprendre les âmes... sensibles. Mais ils nous permettent de partagr, avec Thorn, les "émotions`de certaines découvertes qui nous font oublier les horreurs d'une époque, somme toute, anarchique. Car la Pax Romana est en pleine déliquescence et la papauté chrétienne n'a pas encore imposé sa chape morale sur des peuples qui ne sont toujours pas vraiment convaincus de remplacer le marteau du dieu nordique par la croix du Christ palestinien.

16 janvier 2018

1658 L'Eclipse du Roi-Soleil (Jean-Michel Riou)



Jean-Michel Riou, 1658 L'Eclipse du Roi-Soleil. Flammarion, 2010.337 pages

L'auteur nous revient avec un autre chapitre des pseudo-mémoires d'Antoine Petitbois, "espion de la couronne".

Le premier tome portant sur une aventure se déroulant durant le règne de Louis XIII ... et de Richelieu, m'avait plu. Je me suis donc à nouveau livré à l'imagination de l'auteur qui sait, fort habilement, conjuguer les faits historiques et une certaine couleur langagière de l'époque avec une fiction "plausible". Ne met-il pas en exergue cette phrase qui permet de goûter aux délices de croire découvrir ce qui se passe derrière le décor de nos livres d'histoire : "si non è vero, è bene trovato".

Cette fois, il s'agit d'un empoisonnement du jeune Louis XIV et des démêlés du personnage qui n'a plus avec Mazarin les mêmes relations de confiance qu'il avait avec Richelieu.

J'avais assez d'éléments pour le surprendre, lui prouver que le Petit bois dont il négligeait le talent et parlait au passé avait été enterré un peu vite. Mais j'étais vieux, en effet. Je l'avais oublié. 

On y trouve aussi de terribles descriptions des suites des batailles dont l'Histoire a retenu les noms tout en oubliant son les centaines... sinon les milliers de victimes.

Puis il y avait les blessés rapatriés ici et que l'on entassait au milieu de la fange, de la chaleur éprouvante de l'été 58. Eux gémissaient, perdus, noyés dans un maelström de sang et de chair dont la puanteur macabre se combinait à la chaleur épaisse du 5 juillet. Ceux-là déliraient, hurlaient leurs souffrances sans que pas un des vivants n'y portât attention. 

Je ne révélerai pas grand secret en précisant que le roi sera sauvé. Mais ce n'est pas en cela que le roman nous a intéressés. Le souffle narratif se trouve plutôt dans les rebondissements dont l'auteur parsème la route de son héros. Son sort nous intéresse plus que celui du roi (le fait que nous sachions que ce dernier survivra à cet "incident" de sa jeunesse nous libère sûrement de ce crime de lèse-majesté !)

05 décembre 2017

Le dernier testament de Ben Zion Avrohom (James Frey)

James Frey, Le dernier testament de Ben Zion Avrohom, Flammarion, 2011. 381 pages.

L'auteur a connu d'importants succès avec ses précédents ouvrages : cela explique sans doute le fait que la traduction française ait été publiée la même année que la sortie de la version originale.

En fait le titre original décrit encore mieux les intentions de l'auteur : "The Final Testament of The Holy Bible".

C'est l'histoire d'un homme qui aurait présenté, dès sa naissance, des signes d'un destin exceptionnel. Il a fui ce destin jusqu'à ce qu'un accident sur un chantier ne révèle sa nature exceptionnelle en lui permettant d'y survivre malgré les  pronostics irrévocables des spécialistes appelés à son chevet.

Les chapitres se suivent en présentant les témoignages des personnes qui sont touchées par la "grâce" du héros qui refuse, pourtant, de se déclarer "dieu"... 

-"..., Aujourd'hui je sais qu'il n'y a pas d'au-delà et personne pour nous envoyer des messages surnaturels. Il n'y a que des coïncidences et notre interprétation de ce que nous voyons autour de nous, et si nous voyons quelque chose c'est un accident, et cela ne signifie rien. Telle est en vérité la parole de Dieu."

 Il est "simplement" venu proclamer le retour de l'amour universel !

L'auteur regroupe les thèmes qui furent à la mode: le "peace and love", l'amour libre, le recyclage des déchets alimentaires, les sectes de la fin des temps... Le tout bien enrobé dans un discours dénonçant les gouvernements et les religions institutionnalisées.

-"Il disait que si tous ceux qui allaient à l'église ou au temple ou à la mosquée passaient tout ce temps perdu à baiser au lieu de prier pour des conneries , le monde serait pas prêt de finir."

Selon l'expression consacrée, tout le monde qui approche le "messie" ...devient "bon et gentil", sauf son frère et la juge qui le condamne finalement à être lobotomisé .

Du fait qu'on change de narrateur à chaque chapitre, le style varie légèrement de l'un à l'autre sans tomber dans des codes réservés aux différentes tribus urbaines. 

On peut poursuivre la lecture en espérant rencontrer un "tournant"narratif imprévu. Mais ce n'est pas le cas. On arrive à la dernière page en constatant qu'on n'aurait rien perdu à s'arrêter en chemin.

Sauf quelques "jolis" aphorismes comme

-"C'est soi-même qu'il faut connaître pour aimer, pas les autres."

-"Les hommes s'accrochent à ce qu'ils comprennent, même si c'est faux."










27 novembre 2017

La Source (Michael Cordy)



Michael Cordy,La Source, (trad. française) Le Cherche Midi, 2009

Et si le jardin d’où s'écoule la source de vie primale (le légendaire Jardin d'Eden)  se trouvait au coeur de l'Amazonie ? Et si des soldats en quête de l'Eldorado étaient tous morts en tentant de rejoindre ce jardin ? Et si le seul témoin en avait été un moine que l'Inquisition avait condamné à mort pour son refus de renier son témoignage ? Et s'il avait écrit le récit de son voyage et indiqué le chemin emprunté ? Et s'il avait écrit cela dans un texte crypté que les spécialistes tentent de décoder depuis lors ?

Michael Cordy part de ces hypothèses et nous raconte la recherche de cette source par le mari géologue d'une jeune spécialiste qui a réussi à décrypter le texte et qui survit dans un état comateux depuis la bourculade subie lors d'une tentative ratée de vol de ses notes de recherche.Espérant trouver dans cette source de vie primale le moyen de sauver sa femme, l'homme - malgré le fait qu'il se croit athée (belle conjugaison de mots !,  se lance dans une folle aventure en compagnie de personnages hauit-en-couleur allant de l'aventurier désabusé à la religieuse illuminée.

-"Il était toujours stupéfié par la facilité avec laquelle les croyants - qu'ils soient juifs, chrétiens ou musulmans - rejetaient les autres religions, sans lui accorder, à lui qui était athée, le droit de rejeter la leur."

En face,il y a le supérieur général des Jésuites (rien de moins !) qui veut réserver la découverte de cette source à son Eglise en justifiant ses actions par "la fin justifie les moyens".

-"Oubliée, la controverse de Galilée. Oublié aussi, Darwin.Si ce jardin existait bel et bien, et selon qui en serait le propriétaire, il npourrait conférer à son Église chérie un pouvoir absolu sur le monde. Ou la détruire en un clin d'oeil."

 Il obtient l'aide de son frère, un assassin professionnel, qui veut, en retour, à quelques mois d'une mort annoncée, l'absolution des péchés commis à titre de "mano sinitra del diavolo". 

-"Même s'il s'agissait de l'oeuvre de Dieu, c'était un boulot de tous les diables de trouver des hommes sürs, prêts à voler et à tuer pour de l'argent"

Le premier quart du livre est un peu lent. La longue histoire des tentatives de décodage et la courte, mais laborieuse, histoire du décryptage, de son annonce ublique et des tentatives de prise en main par le Jésuite ont taxé ma patience. J'y suis revenu deux ou trois fois après de plus ou moins longues pauses.

Fort heureusement, le texte prend un nouveau rythme lorsque le géologue et sa petite bande  s'aventurent en Amazonie, poursuivis, sans le savoir, par le Jésuite et son "swat team"  de gardes suisses pontificaux. (Il faut le faire.) On comprend qu'un studio ait acheté les droits d'adaptation cinématographique !

A lire pour une plongée en Amazonie "profonde" et dans un monde non pas de science-fiction, mais de "mystique-fiction" (comme si la mystique pouvait ne pas être une forme de fiction....) après le premier quart du livre. 

Mais loin d'être indispensable...



03 novembre 2017

Mariage républicain (François Cérésa)

François Cérésa, Mariage républicain. L'Archipel, 2016. 329 pages

Un roman qui pénètre dans les entrailles sanguinaires de la Révolution française. La terreur voulue par Robespierre se concrétise, sur le terrain, grâce à des décideurs psychopathes auquel l'effondrement du contrat social avait permis de capturer des lambeaux d'autorité.

Le personnage principal, Marie,  est envoyée en Vendée par la Convention pour se joindre aux officiers, et officiels – chargés d’écraser la résistance vendéenne...  par tous les moyens, et les espionner au profit de Fouché. Elle vit pleinement l'ambiguïté de son époque.
 
D'un côté, elle plaignait les victimes, de l'autre, elle glorifiait les bourreaux.

L'auteur ne se gêne pas pour donner dans l'horreur des tortures et des massacres perpétrés non seulement contre des opposants, mais aussi contre.. tout ce qui bouge au-dessus de la lie dont sortent les tortionnaires.

La patrie respire à plein poumons ! On sectionne, on taille, on émonde ! Notre travail, c'est de la chirurgie, citoyen ! Du jardinage de haut niveau .

L'auteur joue, avec la multiplication, presque à chaque page,  des noms d‘officiers,  à une sorte de "name dropping" qui, certes, témoigne de sa recherche, mais finit par étourdir le lecteur qui n'en demande pas tant.

Cela est, tout de même, écrit avec un certain panache.

-...il se lève alors, bombe le torse tel un sénateur prêt à plonger sa dague dans le cœur de César…
...
Dans cette République qui condamne å mort comme on respire, ou plutôt comme on cesse de respirer, personne n'est à l'abri.

Même si son personnage principal vit une bonne partie du roman déguisée en homme, il permet quand même quelques jolies descriptions.

Sa nudité charmante…faite d'élasticité et de rondeurs ultimes, était fascinante.

Sans éviter les passages obligés par le féminisme émergeant.. avec des accents dépouillés de toute crainte d'anachronisme. 

Il est temps enfin que les femmes sortent de leur honteuse nullité, où l'ignorance, l’orgueil et l'injustice des hommes nous tiennent asservies depuis si longtemps.

À NOTER :  le "mariage républicain" est une mise à mort fort utilisée par les délégués de la Convention pour combattre  la résistance des Vendéens. On attachait un homme et une femme en face à face, après les avoir dénudés. Puis on les jetait à l'eau, ainsi attachés, pour qu'ils se noient sous le regard des "braves" soldats de la Révolution.

25 octobre 2017

Hamman Balkania (Vladimir Bajac)



Vladimir Bajac, Hamman Balkania, Éditions Galaade.2016.352 pages

L’histoire de deux enfants, un Serbe et un Grec, enlevés par les soldats de l’Empire Ottoman et élevés dans la foi musulmane pour devenir de grands serviteurs de cette empire. On a tous entendu parler de cette histoire d’enlèvement d’enfants, non pas pour en faire des esclaves, mais bien des défenseurs de cet empire sous le nom de « janissaires ».

L’auteur nous raconte, « de l’intérieur », la vie de deux personnages qui ont assumé leur nouvelle foi et leur tout aussi nouvelle loyauté tout en étant profondément convaincus de ne pas « vraiment » trahir les anciennes.

« C’était comme s’il réfléchissait en Ottoman et rêvait en Serbe. »

L’auteur distribue entre les chapitres consacrés à ses personnages, ses propres réflexions sur la dualité – faudrait-il parler d’ambivalence ou d’ambiguïté ? – culturelle. Peut-on servir ses origines en utilisant les instruments de ses nouveaux maîtres… sans trahir ces derniers ?

D’autant plus que ces instruments et leurs pratiques ne font pas toujours appel aux plus nobles des sentiments.

« Ils se réjouirent trop tôt du spectacle d’un blessé en lequel leur désir croyait voir un cadavre. »

« La parole donnée pouvait engager, mais ne devait pas forcément être tenue. »


À lire pour entrer dans ce monde  qui ne fait, habituellement, que frôler celui de nos lectures occidentales. Mais on y trouve deux démarches bien identifiées dans des chapitres d’alternance: d'un côté l'histoire des personnages et de l'autre, les réflexions de l'auteur à partir de cette histoire. On peut être tenté, en cours de lecture, de jouer à « saute-mouton » pour ne suivre que l’une des démarches. Mais cela irait à l’encontre des volontés de l’auteur !