26 août 2018

Le moine aux yeux verts (Oyungerel Tsedevdamba et Jeffrey L. Falt)


Oyungerel Tsedevdamba  et Jeffrey L. Falt, Le moine aux yeux verts. Grasset 2017. 571 pages

Nous sommes en Mongolie à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Le pays a choisi la férule des Bolcheviks pour se débarrasser des Mandchous, des seigneurs de la guerre chinois, des Russes blancs et des agresseurs japonais.  La situation est tendue entre le pouvoir et les religieux. Sous la direction de leurs nouveaux maîtres russes, les révolutionnaires locaux arrêtent et massacrent les moines, pillent et brûlent les monastères On ne découvrira l'ampleur des exactions commises pendant ces années noires en Mongolie que des décennies plus tard.

C'est dans ce cadre politique que les deux auteurs nous racontent l'histoire de trois frères dont la vie va être, de façons différentes, perturbée par la volonté des nouveaux dirigeants de faire disparaitre toute trace de ces descendants de Genghis Khan. 

Oublie le fondateur du premier empire mongol. Détruis le passé et tu maîtriseras l'avenir.
.
Les deux auteurs qui vivent en Mongolie en profitent pour faire notre éducation sur les coutumes et l'héritage religieux de ce peuple. Ils nous rappellent que le « grand et divin » Genghis Khan avait dit : « Suivez-moi dans cette vie et dorez le dieu que vous voulez. » 

En fait le bouddhisme en Mongolie n'a été  adopté comme religion d'état  qu'au 17ème  siècle, choisissant systématiquement des lieux saints chamaniques pour construire leurs monastères (les nouvelles religions ne pouvant s'empêcher, à toutes les époques,  de kidnapper les lieux saints des précédentes…) Ce sont les lamas, porteurs de ce syncrétisme chamono-bouddhiste, que les communistes veulent faire disparaître. Et ce sont de jeunes lamas que les auteurs nous amènent à suivre dans les dédales de leur fuite et de leur résistance.

L'objectif des auteurs est de faire connaître cet autre massacre systémique dont l'humanité semble incapable d’éloigner la répétition à chacun de ses cycles historiques. Mais cela ne les empêche  pas de nous plonger dans la vie quotidienne des personnages  avec beaucoup d'empathie … et même de sensualité. 

ses lèvres légèrement entrouvertes promettaient le nectar et le bonheur suprêmes…
...
sa forte odeur d'homme chatouillait ses sens…
...
l’endroit où  Baasan, si rude et sauvage, avait  laissé sa sève,  était  à  cet instant un peu douleureux – elle n'était  plus une jeune fille, mais une femme, aimée d'un homme.

Un ouvrage un peu long et répétitif. Mais il a le grand mérite de nous faire découvrir un pan d'une histoire dont nous n'avons entendu que des échos fort lointains… et probablement fort brouillés par d'autres turbulences plus médiatisées.