Ullrich Volker, Adolph Hitler une biographie, (trad. fr.) Nrf
essais, Gallimard, 2016. 1196 pages
Malgré tous les
livres lus sur le sujet, je n’arrive pas encore complètement à comprendre comment le peuple allemand a pu
se laisser dominer par les « punks » du national-socialisme.
J'ai donc été attiré
par un livre mis en valeur sur un présentoir de la Grande Bibliothèque. Une quantité de pages impressionnante sur la période
de « l'ascension » avec des titres de chapitres comme « Culte du
Fuhrer », « Style de pouvoir et architecture monumentale », « En
lutte contre les églises »… En
fait, il s’agissait du deuxième volume de cet « immense » ouvrage.
Pour avoir une idée de la « profondeur » de la
recherche de l'auteur, il suffit de constater que la moitié des 600 quelques
pages de ce deuxième volume est consacrée à des références de documents (
journaux personnels, lettres), articles et livres.. pour les deux volumes. Car
l'auteur va dans les détails de chaque décision, de chaque action… et même
de chaque repas. Cela aurait pu
s'appeler « tout ce que vous avez jamais voulu savoir sur Hitler » et
sur « ses petits copain nazis ». C'est à la fois fascinant et …
ennuyant. On y apprend les étranges
relations entre le dictateur et….ses collaborateurs les plus proches,
comme Goebbels, Speer…; la place (plus que « discrète » ) des femmes et
celle (beaucoup moins « discrètes) des mises en scène dans la création
d'un mythe de « dieu solitaire ».
Au sujet de l’architecte Speer (qui s’en est, d’ailleurs,
pas mal tiré après la défaite) : « En tout cas, cela lui valut plus
de sympathies que Hitler n’en accorda à aucun membre de sa cour, Goebbels
excepté. On a certes toujours supputé sur l’existence, dans cette affection,
d’un « élément érotique », mais on n’en a aucun témoignage garanti,
comme pour la quasi-totalité des propos concernant la vie sentimentale de
Hitler. »
On analyse ce qu'on appellerait aujourd'hui "sa méthode de gouvernance", somme toute assez décentralisée... pour un dictateur.
On analyse ce qu'on appellerait aujourd'hui "sa méthode de gouvernance", somme toute assez décentralisée... pour un dictateur.
Un système de
juxtaposition non régulée de
l'absolutisme du Führer et d'une pluralité de centres de pouvoirs
rivaux.
...
Il lui arrivait d'agir sous le coup d'une impulsion,
et c'est à ses collaborateurs que revenait la mission ingrate de traduire en
instructions pratiques les remarques jetées à la hâte et de les transmettre aux
instances compétentes. Avec cette forme de gouvernement oral, les quiproquos et
les erreurs d'interprétation étaient inévitables.
...
Le devoir de chacun
était donc de tenter de travailler en direction du Führer, et dans son esprit "…
entrainant radicalisation des actions par compétition pour l'approbation du
chef ..
On y retrouve les étapes de l'évolution de sa politique
d'abord d'exclusion, puis d'élimination des Juifs . On y apprend que les
grandes opérations d'humiliations publiques ont pris naissance en Autriche au lendemain
de l’annexion de ce pays au Reich. (L’opposition de la « célèbre »
famille Trapp n’aurait peut-être pas été aussi répandue qu’on aurait voulu le
faire croire… après la défaite de l’Allemagne…)
Les dernières lignes
de ce deuxième tome résument bien la stratégie
employée :
La popularité
de Hitler reposait notamment sur cet aura qui semblait lui permettre de préserver
la paix dans toutes les manœuvres risquées qu'il entreprenait. Au début septembre
1939, lorsqu'il déclencha la guerre mondiale et que celle-ci, après les premières
« victoires éclair », se dirigea visiblement, à partir de l'hiver
1941-1942, vers une catastrophe militaire, le mythe du Führer fut lui aussi
exposé à un phénomène de désagrégation d'abord lent, mais ensuite de plus en
plus rapide.
Pour en avoir une idée plus au raz du sol, il faut lire les romans
de Philip Kerr.
