30 septembre 2020

30 septembre : délinquance banale

ANDRE AH! 
30 septembre 

 En France, des maires sont agressés physiquement. Au Québec, on en reste généralement aux discours. Le premier ministre et le directeur de la santé publique reçoivent des menaces de mort. Les pages des réseaux sociaux les plus bénins dans leur vocation originelle sont remplis d’attaques grossières. Sommes-nous en train de plonger dans un nouvel âge de barbarie ?

 Cela pourrait paraître plutôt décourageant. 

 Mais se pourrait-il que cela ne soit qu’une illusion ? Ces discours violents et ces menaces dont la portée ne dépasse pas celle des gouttelettes de COVID-19, ont toujours existé dans les tavernes, dans les arénas et dans les camps de chasse. (Je ne parle pas ici des « croisades islamistes » qui relèvent d’une autre époque et d’un autre univers).

 Je rappelle ma règle dans toute démarche d’analyse sociale : 20% de délinquance, 80% de couverture médias. La différence réside peut-être non pas dans le niveau et la quantité des agressions verbales, mais dans leur diffusion. C’est comme si nous habitions tous sur la même place publique. Et que nous avions tous un haut-parleur collé à la bouche et des écouteurs greffés aux oreilles. 

Si les communicologues peuvent parler de « l’écoute sélective » des canaux d’information qui nous conviennent, ils devraient aussi étudier « l’audition non sélective » qui nous soumet à tous les bruits qui envahissent notre place publique. Le danger, c’est d’accorder trop d’importance à la délinquance et, ainsi, de développer une tolérance qui décourage tout effort de banaliser cette délinquance. Or il n’y a rien de plus puissant pour la détruire que le gel d’une banalisation soutenue. Et rien ne la nourrit mieux que les expressions d’intérêt et d’inquiétude que son importance apparente pourrait générer.